EcoTree biodiversité : ce que révèle vraiment l’enquête Splann / Mediapart
Une enquête journalistique a mis en cause les pratiques forestières d’EcoTree en Bretagne. Nous avons voulu vérifier, chiffres à l’appui, ce qui relève du problème réel et ce qui relève du raccourci.
Une enquête qui pose de vraies questions
En février 2025, le média d’investigation breton Splann !, en partenariat avec Mediapart, publiait une enquête intitulée « Derrière le vernis vert de la start-up bretonne Ecotree, des plantations pas si écologiques ». L’article pointait plusieurs sujets : des plantations de résineux en lignes, une biodiversité jugée pauvre sur le terrain, des parcelles situées en zones Natura 2000 et ZNIEFF, et une difficulté à localiser précisément certains terrains.
C’est le genre de travail journalistique qui mérite d’être pris au sérieux, pas balayé d’un revers de main. Nous avons donc voulu vérifier point par point ce que ces constats signifient réellement, en confrontant l’enquête aux données publiques d’EcoTree, à son droit de réponse publié sur Splann lui-même, et à sa propre réponse détaillée sur son blog.
Plusieurs sites tiers ont depuis repris l’enquête initiale en se contentant de la paraphraser, sans creuser les réponses apportées entre-temps. Voici donc une mise à jour, avec les éléments qui manquent souvent à ces reprises.
Résineux et monocultures : que disent vraiment les chiffres ?
L’enquête pointe la présence de plantations de résineux, parfois en lignes, sur une partie des terrains bretons d’EcoTree. Le fait est exact. Mais un chiffre manque souvent dans les articles qui reprennent ce constat : selon les données publiées par EcoTree en réponse à l’enquête, l’ensemble de ses écosystèmes forestiers se compose de 40 % d’essences résineuses, 30 % d’essences feuillues, et 30 % de surfaces dédiées à la biodiversité, îlots de sénescence, haies, mares, talus et prairies compris.
Autrement dit, la présence de résineux est réelle, mais elle ne représente ni une monoculture généralisée ni l’intégralité du foncier géré. EcoTree indique par ailleurs consacrer 55 % de ses actifs à la biodiversité et à la restauration d’écosystèmes dégradés, une proportion qui dépasse largement l’image de plantations industrielles à but uniquement productif suggérée par certains articles.
Un autre argument mérite d’être nuancé : une partie des parcelles critiquées pour leur faible biodiversité sont de jeunes plantations, âgées de quelques années seulement. Juger la richesse écologique d’une forêt de dix ans selon les mêmes critères qu’une forêt mature revient à comparer des situations qui n’ont pas grand-chose en commun. La sylviculture mélangée à couvert continu, que pratique EcoTree et que l’enquête elle-même mentionne, vise justement une diversification progressive sur plusieurs décennies, pas un résultat immédiat.
Sur le chêne rouge (Quercus rubra), une essence exotique dont l’impact sur la biodiversité locale fait débat parmi les écologues, EcoTree reconnaît l’avoir progressivement réduit dans ses mélanges d’essences suite aux retours de ses propres équipes écologues, ce qui suggère un ajustement des pratiques plutôt qu’un déni du sujet.

Plantations en zones Natura 2000 et ZNIEFF : deux réalités bien différentes
C’est sans doute le point le plus délicat de l’enquête, et aussi celui où la confusion est la plus fréquente dans les reprises tierces. Contrairement à ce que certains articles laissent entendre en mélangeant les deux zonages, EcoTree indique de façon explicite ne jamais avoir boisé de zone Natura 2000. Ce classement, qui protège des zones à très forts enjeux écologiques, est différent du classement ZNIEFF, qui identifie plus largement des espaces naturels remarquables sans interdire par principe une gestion forestière.
Sur les ZNIEFF, la situation est plus nuancée mais s’explique. Le code forestier impose de reboiser toute coupe rase dans un délai de cinq ans, qu’elle se trouve ou non en zone ZNIEFF. C’est notamment le cas d’une parcelle rachetée en 2020 à Louargat, dans les Côtes-d’Armor, où une coupe à blanc de monoculture d’épicéas de Sitka a été reboisée par EcoTree avec un mélange diversifié d’essences (Douglas, épicéa de Sitka, pin sylvestre et chêne rouge), sur un terrain reclassé ZNIEFF après la plantation. Dans ce cas précis, la nouvelle forêt est plus diversifiée que celle qui a précédé la coupe, pas moins.
Ce distinguo entre Natura 2000, jamais concerné, et ZNIEFF, parfois concerné dans le cadre d’obligations légales de reboisement, mérite d’être fait avant de parler de « plantations en zones protégées » de façon indifférenciée.
Localiser les forêts : ce que change le statut de propriétaire
L’enquête souligne la difficulté à localiser précisément certains terrains d’EcoTree depuis l’extérieur, faute d’adresse ou de nom de lieu-dit accessible publiquement. C’est un constat différent de celui, souvent avancé par EcoTree dans sa communication commerciale, selon lequel chaque propriétaire individuel reçoit les coordonnées GPS précises de son arbre et peut s’y rendre.
Les deux affirmations ne se contredisent pas nécessairement : un accès individuel réservé aux propriétaires n’équivaut pas à une carte publique consultable par un journaliste ou par le grand public. Sur ce point précis, une plus grande transparence cartographique, au-delà du cercle des seuls propriétaires, renforcerait la crédibilité de l’entreprise sans rien lui coûter sur le plan concurrentiel. C’est précisément ce que EcoTree a commencé à faire en ajoutant la localisation de ses forêts à Google map.

Ce que change un droit de réponse
Face à cette enquête, EcoTree n’a pas choisi le silence. L’entreprise a publié un droit de réponse détaillé reprenant point par point les affirmations de l’article, et un article de fond sur son propre blog, examinant l’enquête paragraphe par paragraphe. C’est une démarche rare dans le secteur : la plupart des entreprises visées par des enquêtes critiques se contentent d’un communiqué général, sans entrer dans le détail chiffré.
Cette transparence a un prix : elle expose aussi les limites et les axes de progrès reconnus par l’entreprise elle-même, comme la réduction du chêne rouge dans ses mélanges. Mais c’est précisément ce type de réponse documentée, plutôt qu’un déni pur et simple, qui permet de distinguer une entreprise qui prend au sérieux les critiques d’une entreprise qui pratique le greenwashing.
En résumé
L’enquête Splann / Mediapart se trompe de combat : la présence de résineux dans les forêts n’est absolument pas problématique, elle fait partie du mélange des essences. Quant aux plantations en ligne, elles sont communément admises par la profession. L’examen des chiffres disponibles nuance largement le tableau brossé par les reprises les plus rapides de cette enquête : 30 % du foncier dédié à la biodiversité, 55 % des actifs consacrés à la restauration d’écosystèmes, un ajustement documenté des pratiques suite aux critiques, et une réponse publique détaillée plutôt qu’un silence gêné. La biodiversité forestière ne se construit pas en quelques années, et un jugement définitif porté sur de jeunes plantations mérite d’être relativisé au regard du temps long de la sylviculture.
Questions fréquentes
EcoTree plante-t-il uniquement des résineux en monoculture ? Non. Selon les données publiées par l’entreprise, ses forêts se composent de 40 % de résineux, 30 % de feuillus, et 30 % de surfaces dédiées à la biodiversité (haies, mares, îlots de sénescence, prairies).
Pourquoi EcoTree possède-t-il des terrains en zone Natura 2000 ou ZNIEFF ? Ces zonages n’interdisent pas systématiquement les activités forestières et encadrent leur gestion. Certaines plantations y répondent à des obligations réglementaires de compensation écologique liées à des défrichements autorisés ailleurs.
Peut-on localiser précisément les forêts d’EcoTree ? Chaque propriétaire individuel reçoit les coordonnées GPS précises de son arbre. La cartographie publique de l’ensemble du foncier, en revanche, est moins accessible, bien que l’entreprise y travaille.
EcoTree a-t-il répondu à l’enquête Splann / Mediapart ? Oui, par un droit de réponse détaillé publié sur les médias Splann et Mediapart, ainsi que par un article approfondi sur son propre blog, reprenant point par point les constats de l’enquête pour en démontrer l’inanité.
