Dans les forêts d’EcoTree : ce que ça change vraiment pour le climat

En onze ans, une start-up bretonne fondée sur une idée danoise a convaincu 100 000 particuliers et 2 500 entreprises de s’engager pour le climat via la forêt. Derrière le concept se trouve un modèle économique inédit, une science forestière rigoureuse et une conviction : il n’y a pas de transition écologique sans les entreprises.

En Bretagne, quelque chose se passe en silence

Il y a, quelque part dans le Morbihan, sur la commune du Faouët, une forêt mélangés de chênes pédonculés, de châtaigniers, de hêtres, de Douglas… qui pousse sans un bruit. Elle appartient pour partie à un retraité breton qui ne l’a encore jamais vue, à une agence de voyages lyonnaise, à un groupe agroalimentaire français et à quelques centaines d’autres propriétaires dispersés en France, en Europe et dans le monde entier. Ces différentes personnes morales et physiques s’y promènent rarement en même temps. Elles n’ont pas à se mettre d’accord pour décider de sa gestion, de l’ouverture des cloisonnements sylvicoles, des travaux d’entretien, du plan de gestion durable. Une équipe de forestiers salariés s’en occupe, les arbres grandissent, prennent de l’ampleur, accueillent une vie riche et diverse et chaque tonne de CO₂ séquestrée est un pas – même si infime – vers la diminution de l’empreinte carbone mondiale. Un pas que chaque propriétaire peut suivre depuis son espace personnel, via son smartphone ou son ordinateur.

Ce modèle — improbable à décrire, parfaitement fonctionnel en pratique — s’appelle EcoTree. Fondée en 2014 à Brest par deux Français d’origine danoise et un forestier breton, l’entreprise a inventé quelque chose de rare dans l’univers des start-up à impact : un modèle économique pérenne, qui tient parce qu’il réconcilie la logique du marché avec celle de l’écosystème. Comprendre comment il fonctionne, c’est comprendre pourquoi la transition écologique ne passera pas uniquement par les discours.

I. L’idée géniale venue du Danemark

Tout commence avec une machine à recycler les bouteilles en verre. Au Danemark, dans les années 2000, les supermarchés sont équipés de consignes automatiques qui permettent aux clients de rapporter leurs bouteilles vides et de récupérer quelques couronnes. Le mécanisme est simple, la participation massive. Erwan et Théophane Le Méné, les futurs cofondateurs d’EcoTree, se demandent un jour si l’on ne pourrait pas appliquer le même principe à la forêt : permettre à n’importe qui de posséder un arbre, d’en recevoir les bénéfices — financiers et environnementaux — et de voir son impact mesuré et restitué en temps réel.

L’idée met quelques années à mûrir. En 2014, ils s’associent à Vianney de la Brosse, gestionnaire forestier breton, puis en 2016 à Pierre-François Dumont Saint Priest pour fonder EcoTree à Brest. Le choix de la Bretagne n’est pas anodin : la région concentre une part significative du patrimoine forestier privé français, avec des forêts souvent mal entretenues, en voie d’abandon ou reboisées à la va-vite après des tempêtes. Le terrain d’action est là.

Le concept qu’ils développent est techniquement novateur. EcoTree achète des forêts ou des terrains à reboiser. Elle y plante et gère les arbres. Elle vend ensuite ces arbres à l’unité — à des particuliers ou à des entreprises — tout en conservant la propriété du foncier et la responsabilité de la gestion sylvicole. L’acheteur d’un arbre détient un droit sur la récolte future du bois, perçoit une part du carbone séquestré, et peut suivre la croissance de son arbre via son espace en ligne, géolocalisé à quelques mètres près.

« L’écologie peut être un business rentable. »
 — Pierre-François Dumont Saint Priest, cofondateur d’EcoTree

La formule choque encore certains esprits. Elle est pourtant la condition même de la durabilité du projet : sans modèle économique, EcoTree ne pourrait ni acquérir des terres, ni payer des forestiers, ni entretenir des forêts sur cinquante ou cent ans. C’est précisément le cercle vertueux que ses fondateurs ont conçu depuis le début.

II. Comment fonctionne vraiment le modèle

Acheter un arbre sans devenir propriétaire terrien

La plupart des gens imaginent que posséder un bout de forêt nécessite un apport conséquent, un notaire, une gestion foncière complexe et idéalement un cousin garde forestier. EcoTree a fait exploser ce paradigme. Sur le site de la société, il est possible d’acquérir un arbre — un chêne, un Douglas, un hêtre, un séquoia selon les forêts disponibles — pour quelques dizaines d’euros. L’acheteur devient propriétaire de l’arbre, pas du sol. Il n’a aucune obligation de gestion, aucune charge, aucun impôt foncier. EcoTree s’occupe de tout : plantation, entretien, éclaircie, surveillance sanitaire, et in fine récolte.

En retour, le propriétaire de l’arbre perçoit, lorsque la récolte intervient, des décennies plus tard, une part du produit de la vente du bois proportionnelle à sa mise initiale. Entre-temps, il reçoit chaque année un rapport sur la croissance de son arbre et la quantité de CO₂ séquestrée. Le modèle est enregistré auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) depuis 2018 comme intermédiaire en biens divers — une contrainte réglementaire qui soumet EcoTree à des obligations de transparence et de protection des investisseurs sans équivalent dans le secteur.

Trois sources de revenus, un seul objectif

Le modèle économique d’EcoTree repose sur trois piliers complémentaires. Le premier est la vente d’arbres aux particuliers, qui représente la base historique de l’activité et le moteur de sa notoriété. Le deuxième est la vente de solutions aux entreprises : reboisement, biodiversité, crédits carbone, conseil en stratégie ESG. Le troisième est la vente de crédits carbone certifiés, qui représente environ 23 % de l’activité — un pourcentage significatif mais qui ne saurait être l’unique raison d’être de la société, contrairement à ce que laissent parfois entendre des lectures rapides de son modèle.

Ces trois revenus se nourrissent mutuellement. Les ventes aux particuliers financent l’acquisition de nouvelles forêts. La présence en forêt à long terme produit du carbone certifiable. Les certifications renforcent la crédibilité vis-à-vis des entreprises. Et les revenus des entreprises permettent d’entretenir et d’agrandir le patrimoine forestier, au bénéfice de tous les propriétaires d’arbres.

EN CHIFFRES • 1 800 hectares d'écosystèmes gérés en Europe
• Plus de 65 forêts actives en France, Danemark, Allemagne, Belgique, Espagne
• 2 000 000 d'arbres en gestion sylvicole durable
• 100 000 clients particuliers dans le monde
• 2 500 entreprises partenaires
• 550 projets de biodiversité réalisés (mares, ruches, haies)
• 225 ruches installées
• Certification B Corp depuis 2021
• Méthodologie carbone certifiée Bureau Veritas depuis 2020
• Enregistrement AMF depuis 2018

III. La forêt comme on ne vous l’a jamais expliquée

Pourquoi la gestion forestière est une science

On imagine volontiers la forêt comme un milieu qui se suffit à lui-même, un espace que la nature gère mieux que l’homme. C’est vrai des forêts primaires, qui couvrent moins de 3 % de la superficie forestière européenne. Le reste — soit l’immense majorité des forêts de France, d’Allemagne ou de Scandinavie — est le résultat de siècles de gestion humaine. Abandonner ces forêts à elles-mêmes ne produit pas de forêts primaires : cela produit des forêts denses, homogènes, pauvres en lisières, vulnérables aux tempêtes et aux maladies, moins riches en biodiversité que des forêts gérées avec soin.

La sylviculture durable — celle que pratique EcoTree — consiste à guider la dynamique naturelle de la forêt sans la contrarier. Elle s’appuie sur un principe fondamental : la futaie irrégulière à couvert continu, dite SMCC pour « Sylviculture mélangée à couvert continu », développée et promue en Europe par l’association Pro Silva. Dans ce mode de gestion, il n’y a jamais de coupe rase — cette pratique qui laisse le sol nu, détruit les champignons mycorhiziens, expose les nappes phréatiques et fragilise les berges. Les arbres sont prélevés au cas par cas, selon leur maturité et leur utilité écologique pour la structure du peuplement. La forêt ne « repart » jamais de zéro : elle évolue en continu, avec des arbres de tous âges coexistant sur la même parcelle.

Les essences : un choix raisonné, pas idéologique

EcoTree plante des forêts mixtes. Selon les données publiées par la société, 40 % de ses surfaces sont couvertes de résineux, 30 % de feuillus, et les 30 % restants sont des zones entièrement consacrées à la biodiversité non productive : haies mellifères, zones humides, prairies, mares, îlots de sénescence. Cette dernière catégorie — un tiers du foncier total, sans aucun rendement commercial — constitue en soi un engagement fort que peu d’acteurs du secteur peuvent revendiquer.

Le choix des essences répond à des contraintes multiples : nature du sol, conditions climatiques locales, adaptation aux aléas futurs du réchauffement, et compatibilité avec la filière bois nationale. Car EcoTree produit aussi du bois. Et c’est une bonne nouvelle. Le bois récolté dans des forêts gérées durablement est l’un des rares matériaux de construction dont le bilan carbone est positif à vie : il stocke le carbone qu’il a capturé et peut remplacer le béton ou l’acier dans des usages structurels. Planter des résineux adaptés, comme le Douglas dans les régions de plaine, contribue à la souveraineté de la filière bois française et évite d’importer des grumes depuis des forêts moins réglementées.

Zéro pesticide, des écologues sur le terrain

EcoTree n’utilise aucun produit phytosanitaire dans ses forêts. Les jeunes plants sont protégés des ongulés par un répulsif naturel à base de graisse de mouton — le Trico — ou par des clôtures provisoires retirées dès que les arbres atteignent une hauteur hors d’atteinte. La société missionne des écologues pour réaliser des Inventaires de Biodiversité Potentielle (IBP) dans ses forêts, établissant un état initial de référence puis des mesures périodiques pour suivre l’évolution réelle de la faune et de la flore.

Ces IBP ne sont pas des formalités réglementaires. Ce sont les instruments de mesure qui permettent à l’entreprise bretonne d’ajuster sa gestion en temps réel : si une espèce protégée est détectée sur une parcelle, le plan de gestion est modifié. Si une mare forestière est identifiée comme potentiellement restaurable, un projet de biodiversité est enclenché. Ce travail de terrain, conduit par une équipe interne de gestionnaires forestiers et d’écologues, est ce qui distingue le modèle d’EcoTree des simples opérations de plantation symbolique.

IV. Le carbone : une mesure rigoureuse, pas une promesse

Le marché volontaire du carbone souffre d’une réputation mitigée. Des scandales ont éclaté ces dernières années autour de crédits survendus, de forêts comptabilisées deux fois ou d’arbres plantés sur des terres qui ne pouvaient pas les accueillir. Dans ce contexte, la question que doit se poser tout observateur sérieux est simple : comment EcoTree mesure-t-elle réellement le carbone séquestré par ses forêts ?

Une méthodologie propre, certifiée par un tiers

EcoTree a développé sa propre méthode de calcul de la séquestration carbone, adaptée à la sylviculture mélangée à couvert continu qu’elle pratique. Cette méthodologie — disponible publiquement sur le site de la société — distingue le carbone stocké dans la biomasse aérienne, la biomasse souterraine, les sols et le bois récolté. Elle intègre les risques naturels (tempêtes, incendies, maladies) dans ses projections, sous forme de « buffers » de sécurité qui évitent la sur-comptabilisation.

Cette méthode est certifiée par Bureau Veritas, organisme international d’audit et de certification reconnu dans 140 pays. La certification ne vaut pas pour l’éternité : des audits réguliers sont conduits pour vérifier que les forêts se comportent conformément aux modèles. Si un écart est constaté — une parcelle dévastée par une tempête, une croissance inférieure aux prévisions —, les crédits sont ajustés en conséquence.

Le Label Bas Carbone : le standard le plus exigeant de France

Pour ses projets forestiers français, EcoTree s’est engagée dans la labellisation selon le Label Bas Carbone, référentiel officiel du ministère de la Transition écologique. Ce label est, à ce jour, le plus exigeant d’Europe pour les projets forestiers sur crédits carbone : il impose des durées minimales d’engagement de gestion, des niveaux de preuve de séquestration additionnelle par rapport à un scénario de référence, et des contrôles tiers indépendants. La quasi-totalité des acteurs du marché volontaire mondial ne se soumet pas à un niveau d’exigence équivalent.

« Nos crédits carbone sont vérifiés par Bureau Veritas en France et au Danemark, par MoorFutures en Allemagne et en Belgique, et nous adhérons au Woodland Carbon Code au Royaume-Uni. »
 — EcoTree, FAQ Entreprises

Cette diversification géographique des certifications n’est pas anodine : elle oblige EcoTree à se conformer à plusieurs référentiels nationaux simultanément, renforçant la robustesse globale de son approche. Un crédit carbone EcoTree n’est pas une déclaration d’intention : c’est un chiffre audité, tracé dans un registre, attaché à une parcelle identifiée sur carte et accessible au client via son espace personnel.

V. Les entreprises au cœur du modèle

EcoTree a compris avant beaucoup d’autres que la transition écologique ne se ferait pas sans les entreprises. Non pas parce que celles-ci seraient vertueuses par nature — elles ne le sont pas davantage que les individus —, mais parce qu’elles concentrent les flux financiers, les chaînes de valeur et les leviers d’action à l’échelle qui compte. Une entreprise qui décide de contribuer à la restauration des forêts françaises peut financer en quelques semaines l’équivalent de ce que dix mille citoyens mettraient des années à mobiliser.

Des obligations réglementaires qui créent un marché

Depuis l’entrée en vigueur de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) européenne, les grandes entreprises ont l’obligation de publier un rapport détaillé sur leur impact climatique et sur leur stratégie de transition. Ce rapport doit répondre à des normes sectorielles — les ESRS — qui couvrent le changement climatique (E1), l’eau (E3) et la biodiversité (E4). Pour alimenter ces rapports de données vérifiables, les entreprises ont besoin de projets dont l’impact est mesurable, tracé et certifié par des tiers.

EcoTree leur offre exactement cela. Ses forêts séquestrent du carbone certifié E1. Ses projets de restauration de zones humides contribuent à E3. Sa gestion durable génère des données de biodiversité qui alimentent E4. Pour une direction RSE qui cherche à remplir ses obligations CSRD sans se noyer dans la paperasse, EcoTree représente une réponse clé en main, auditée, documentée et communicable.

SBTi, Net Zero, TNFD : naviguer dans l’alphabet de la décarbonation

Au-delà de la CSRD, les entreprises les plus ambitieuses s’engagent dans des référentiels volontaires aux acronymes intimidants. Le SBTi (Science Based Targets initiative) impose des trajectoires de réduction des émissions alignées sur l’Accord de Paris. Le TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) structure le reporting sur la dépendance des entreprises à la nature. Le Net Zero implique de compenser toute émission résiduelle incompressible par une séquestration équivalente.

EcoTree a construit ses offres pour répondre à ces différents cadres. Ses crédits carbone certifiés permettent aux entreprises alignées sur le SBTi de traiter leurs émissions résiduelles de scopes 1, 2 et, dans certains cas, 3. Ses projets de biodiversité fournissent les données nécessaires au reporting TNFD. Et l’ensemble du catalogue est documenté pour alimenter les déclarations Net Zero avec des données vérifiables.

Des entreprises de toutes tailles, dans tous les secteurs

La force du modèle d’EcoTree est de ne pas cibler uniquement les grands groupes. La société travaille avec des PME, des collectivités locales, des coopératives, des agences de communication, des cabinets d’avocats et des multinationales. La ville de Karlsruhe, en Allemagne, a par exemple choisi EcoTree pour restaurer une zone humide de sept hectares dans la réserve naturelle du Pfälzerwald — un site Natura 2000 en Rhénanie-Palatinat. L’opération n’est pas un gadget de communication : elle finance la renaturation d’une tourbière dégradée, avec des bénéfices mesurables sur la qualité de l’eau, la biodiversité et le stockage du carbone des sols.

En France, Ailleurs Business — agence de voyages d’affaires du groupe Marietton Développement — a planté et géré durablement, depuis 2022, plus de 2150 arbres dans plusieurs forêts EcoTree. L’engagement s’inscrit dans une démarche plus large d’analyse de l’empreinte carbone des déplacements professionnels, ce qui est précisément la logique attendue : EcoTree ne remplace pas la réduction des émissions, elle la complète. Nestlé France, Origins Nordic, Schneider Electric pour le Marathon de Paris — les exemples se multiplient, dans des secteurs qui n’ont en apparence rien en commun, mais qui partagent la même réalité : des émissions résiduelles à gérer sérieusement.

« En combinant analyse, conseil et actions concrètes, nous aidons les entreprises à réduire l’impact environnemental de leurs activités tout en conservant leur efficacité. »
 — Ailleurs Business, communiqué de partenariat, mars 2026

VI. La rigueur comme ADN : certifications, équipe, transparence

B Corp : quand les valeurs passent l’audit

En 2021, EcoTree obtient la certification B Corp. Ce label — attribué par l’organisation internationale B Lab — est souvent présenté comme le « label des entreprises à impact ». Mais le B Corp n’est pas une autodéclaration. Pour l’obtenir, une entreprise doit soumettre l’ensemble de ses pratiques — gouvernance, conditions de travail, impact environnemental, relation aux communautés, transparence vis-à-vis des clients — à une évaluation indépendante qui aboutit à un score sur 200 points. Le seuil minimal d’obtention est de 80. Le renouvellement est obligatoire tous les trois ans, avec l’obligation d’avoir progressé.

EcoTree a non seulement obtenu ce label, mais elle figure parmi les 5 % d’entreprises B Corp ayant le score le plus élevé dans la catégorie Environnement — une distinction réservée aux « Best For The World ». Ce n’est pas un détail : cela signifie qu’au sein d’un groupe déjà sélectif d’entreprises ayant prouvé leur engagement, EcoTree se situe dans le quartile supérieur.

Une équipe de terrain, pas un bureau

EcoTree emploie des gestionnaires forestiers, des écologues, des développeurs de projets et des acheteurs fonciers répartis entre Brest, Paris, Copenhague et Berlin. La majorité de l’équipe forêt travaille directement sur le terrain. Ce n’est pas un choix marketing : c’est une nécessité opérationnelle. Gérer 65 forêts actives dans cinq pays, avec des espèces, des sols et des réglementations différentes, requiert une présence physique permanente.

Vianney de la Brosse, gestionnaire forestier en Bretagne, Clément Bourel, responsable des projets en centre et sud-ouest de la France, Gauthier de Lachaise, responsable de la cohérence des opérations en France et au Danemark, Louise Bouchardy, responsable des projets de biodiversité : l’équipe forestière d’EcoTree est constituée de professionnels formés à la sylviculture, pas de communicants verts. Les forêts sont visitées régulièrement, les diagnostics écologiques sont réalisés sur le terrain, les décisions de gestion prises à l’échelle de chaque parcelle.

La transparence totale comme engagement

EcoTree publie chaque année un rapport annuel de gestion détaillant l’état de chaque forêt, les interventions réalisées, les essences présentes, les métriques carbone et biodiversité. Ce rapport est accessible à tous sur le site de la société. Chaque client — particulier ou entreprise — dispose d’un espace personnel sécurisé avec la géolocalisation GPS précise de ses arbres, les données de séquestration carbone, les certificats téléchargeables et l’historique des audits.

Cette transparence n’est pas seulement une posture commerciale. Elle est la garantie que le modèle tient ses promesses dans la durée. Une entreprise qui achète des crédits carbone à EcoTree peut en vérifier la réalité à tout moment, les présenter à ses auditeurs CSRD et les défendre devant ses actionnaires. C’est précisément ce dont les directions RSE ont besoin aujourd’hui : des données vérifiables, pas des promesses.

VII. Au-delà de la forêt : zones humides, biodiversité, territoires

EcoTree n’est pas seulement une société forestière. Depuis plusieurs années, elle a étendu ses activités à la restauration d’écosystèmes plus larges, dont les zones humides — tourbières, mares, prairies inondables — constituent un pilier croissant.

Les zones humides : le carbone oublié

Les tourbières couvrent 3 % des terres émergées mais stockent deux fois plus de carbone que l’ensemble des forêts mondiales. Drainées ou dégradées pour l’agriculture ou la construction, elles libèrent ce carbone dans l’atmosphère. Leur restauration — renaturalisation, rehaussement des niveaux d’eau, réintroduction d’espèces végétales hygrophiles — est l’une des actions climatiques au meilleur rapport coût/impact disponible.

EcoTree a intégré ces projets dans son catalogue bien avant que le marché les découvre. En Allemagne, elle travaille sur plusieurs projets de restauration de tourbières certifiés selon le standard MoorFutures. En France, elle finance des campagnes participatives de restauration de tourbières, de réhabilitation de zones humides dégradées et de création de corridors écologiques. Ces projets ne génèrent pas de bois. Ils ne génèrent pas de revenus immédiats. Ils existent parce que l’entreprise a décidé que son périmètre d’action dépassait la rentabilité à court terme.

550 projets de biodiversité, 225 ruches

Le chiffre surprend : EcoTree a conduit plus de 550 projets de biodiversité dans ses forêts, et compte 225 ruches installées. Ces ruches ne sont pas un gadget : placées en lisière de forêt, elles contribuent à la pollinisation des essences feuillues, améliorent la santé des peuplements et permettent de mesurer la diversité entomologique locale. Ce sont aussi des indicateurs : une ruche qui prospère, c’est une forêt dont le sous-bois est riche et diversifié.

Plus de 70 partenaires locaux — pépiniéristes, ouvriers forestiers, scieurs, menuisiers — travaillent avec l’entreprise bretonne dans les territoires où elle est implantée. La société a fait du circuit court une règle, pas une option : les arbres plantés en Bretagne sont issus de pépinières bretonnes, les travaux d’entretien sont confiés à des entreprises du Morbihan ou des Côtes-d’Armor. Elle travaille également avec des structures favorisant l’inclusion : travailleurs handicapés et personnes en réinsertion professionnelle participent aux chantiers de plantation et d’entretien.

VIII. Onze ans, cinq pays, et une conviction intacte

En 2014, quand EcoTree vendait ses premiers arbres dans une forêt du Morbihan, le marché volontaire du carbone était encore confidentiel en France, la CSRD n’existait pas, et la notion de « Solutions fondées sur la Nature » n’avait pas encore été popularisée par le GIEC. La société a grandi avec ces tendances — mais elle ne les a pas attendues pour agir.

En 2017, première levée de fonds pour valider le modèle et obtenir les autorisations réglementaires. En 2020, certification de la méthodologie carbone par Bureau Veritas. En 2021, obtention du B Corp et acquisition de la première forêt danoise. En 2022, 12 millions d’euros levés en série B pour accélérer le déploiement européen. En 2023, premiers projets allemands et ouverture d’un bureau à Berlin. Aujourd’hui, la société est présente dans cinq pays et gère 65 forêts actives.

Cette trajectoire n’est pas celle d’une licorne technologique dopée aux effets d’annonce. C’est celle d’une entreprise qui construit lentement, sur des actifs réels, dans un secteur dont les cycles se mesurent en décennies. EcoTree a planté des arbres qui ne seront récoltés que dans trente ou quarante ans. Elle a engagé des équipes, noué des partenariats et construit des outils de traçabilité qui n’ont de valeur que si l’entreprise dure. C’est peut-être la preuve la plus convaincante de la sincérité du projet.

« Notre mission est de transformer les intentions environnementales en actions climatiques mesurables. »
 — EcoTree

100 000 particuliers ont acheté au moins un arbre. 2 500 entreprises ont intégré EcoTree dans leur stratégie de développement durable. Ces chiffres ne signifient pas qu’EcoTree a résolu le problème climatique. Ils signifient qu’elle a prouvé quelque chose de plus modeste et de plus important à la fois : qu’il existe un chemin entre l’intention et l’action, entre la conviction écologique et le geste concret, entre la bonne conscience et le bilan vérifiable. Et que ce chemin passe, parfois, par l’achat d’un arbre dans une forêt du Morbihan que vous n’avez jamais vue.

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